Mieux comprendre la redistribution du vivant en réponse aux changements climatiques

4 membres du laboratoire sont impliqués dans ces résultats de recherches : Romain Bertrand (DEEP), Jonathan Rolland (DEEP), Jérôme Murienne (DEEP) et Gaël Grenouillet (AQUAECO) qui est un des PIs du projet BioShift.
L’implication du laboratoire dans la publication Nature a été très collective avec un travail de synthèse bibliographique. Pour la publication dans Global Change Biology, Romain Bertrand a effectué les simulations.

Avec le recul de la cryosphère (glace, neige, pergélisol) vers les pôles et les sommets, suite à l’augmentation globale des températures, on s’attend à ce que le vivant lui emboîte le pas. Cependant, un groupe de recherche vient de publier, dans la revue Nature Reviews Earth & Environment, une synthèse qui montre que seulement 59 % des migrations d’espèces documentées sont conformes aux directions attendues par l’augmentation des températures, contre 35 % de migrations dans des directions opposées. Ce même groupe de recherche publie également, dans la revue Global Change Biology, une feuille de route qui vise à s’appuyer sur les caractéristiques fonctionnelles des espèces pour mieux comprendre ces variations.

Avec le réchauffement global des températures, les espèces végétales, animales et fongiques ont tendance à migrer vers les pôles en latitude, que ce soit sur terre ou dans les océans, et vers les sommets des montagnes en altitude. Cependant, cette redistribution du vivant dans des directions préférentielles de l’espace géographique ne fait pas consensus auprès de la communauté scientifique et de nombreuses études ont également montrées que certaines espèces migrent dans des directions opposées à celles des isothermes, ces lignes invisibles qui relient chaque point de l’espace qui présente la même valeur de température, suggérant que d’autres paramètres que la température sont en cause.

Redistribution du vivant
Vue sur le massif de l’Aigoual © Jonathan Lenoir

Un groupe de recherche international, financé par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) à travers son Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité (Cesab) et impliquant plusieurs chercheurs français, a publié une synthèse bibliographique qui fait le point sur le sujet. Leurs travaux, publiés dans la revue Nature Reviews Earth & Environement, ont montré que seulement 59% des migrations documentées sur terre et dans les océans suivent les directions de migration des isothermes, contre 35% des migrations qui sont orientés dans des directions opposées. En parallèle, le même groupe de recherche a publié dans la revue Global Change Biology, une feuille de route visant à une meilleure prise en compte des caractéristiques fonctionnelles, aussi appelés traits d’histoire de vie, des espèces dans les études cherchant à comprendre la redistribution du vivant face au changement climatique.

Les auteurs montrent notamment, au travers de simulations, que le degré d’exposition au changement climatique affecte différemment la répartition des espèces en fonction de leurs caractéristiques telles que leurs durées de vie et leurs capacités de dispersion, par exemple. Ne pas prendre en compte ces interactions entre traits et environnement peut amener à conclure, à tort, que les traits ne sont pas importants. L’approche par simulation utilisée par les auteurs apparaît prometteuse en formalisant les relations attendues entre traits des espèces, degré d’exposition aux changements climatiques et redistribution des espèces. Par exemple, les auteurs ont montré que le lien entre le changement de répartition des espèces et leurs capacités de dispersion n’était pas linéaire mais asymptotique jusqu’à atteindre la vitesse du réchauffement. Par conséquent, les prochaines études ne devront pas simplement considérer une relation linéaire mais devront explorer d’autres formes de relation qui pourront être définies à partir de simulations. Un autre point clé de la feuille de route proposée par les auteurs est de tenir compte de la richesse des méthodes utilisées dans la littérature scientifique pour documenter les changements d’aire de répartition des espèces car notre capacité à détecter des relations entre traits de vie des espèces et degré d’exposition aux changements climatiques dépend en grande partie de ces variations méthodologiques.

La mise en place de cette feuille de route proposée par les auteurs peut améliorer notre capacité à comprendre la redistribution des espèces et donc à mieux anticiper les conséquences de cette redistribution du vivant sur l’accès aux ressources ou bien sur les risques sanitaires associés.

Source : site Écologie et environnement du CNRS

Références

  • Lawlor, J. A., Comte, L., Grenouillet, G., Lenoir, J., Baecher, J. A., Bandara, R., Bertrand, R., Chen, I., Diamond, S. E., Lancaster, L. T., Moore, N., Murienne, J., Oliveira, B. F., Pecl, G. T., Pinsky, M. L., Rolland, J., Rubenstein, M., Scheffers, B. R., Thompson, L. M.,. . . Sunday, J.  Mechanisms, detection and impacts of species redistributions under climate change. Nature Reviews. Earth & Environment, publié le 18 avril 2024.
  • Comte, L., Bertrand, R., Diamond, S., Lancaster, L. T., Pinsky, M. L., Scheffers, B. R., Baecher, J. A., Bandara, R. M. W. J., Chen, I., Lawlor, J. A., Moore, N. A., Oliveira, B. F., Murienne, J., Rolland, J., Rubenstein, M. A., Sunday, J., Thompson, L. M., Villalobos, F., Weiskopf, S. R., et Lenoir, J. Bringing traits back into the equation : A roadmap to understand species redistribution. Global Change Biology, publié le 13 avril 2024.

Autres actualités